Au cœur de soi-même : Le berceau de la résilience

Psychothérapie en Analyse Psycho-Organique à Vannes, Morbihan

Au cœur de soi-même : Le berceau de la résilience

Ou comment faire du confinement un cocon-finement, un Oui à une nouvelle vie.

Dans les étapes précédentes, nous avons ensemble parcouru le tourbillon émotionnel qui suit le choc d’un changement brusque dans nos habitudes de vie. Article après article je vous invite à suivre les différentes étapes de l’impuissance à la résilience. Un chemin qui nous a fait explorer les phases de sidération et de déni où nous usons de mille stratagèmes pour négocier avec la cruelle réalité. Puis une étape où nous sommes baignés dans la peur et la colère, réactions instinctives à l’insupportable réalité. Pour enfin faire face à la douloureuse tristesse et au désarroi de la perte de repères connus. Nous voici à l’étape de l’acceptation, 5ème et dernière étape du processus de deuil théorisé par Elisabeth Kübler Ross. 

Mais ce passage à vide amorce aussi la la 1ère étape de (re)naissance conceptualisée par l’Analyse Psycho Organique : celle de la Conception. Nous parlons ici d’une conception bien entendu symbolique. Celle du point de départ de la résilience. La conception qu’un “Et après” puisse être différent, et meilleur.

Au coeur de soi-même - Berceau de résilience
Zoom sur l’étape n°5 de la courbe “de l’impuissance à la résilience” (c) Solen Lombard / Open Up

Les bénéfices et enjeux de cette étape

Conception d'une nouvelle réalité - (c) Cédric Klei / Unsplash

En effet, en acceptant de perdre, de lâcher, de dire stop, c’est un puissant Oui à une nouvelle vie qui émerge en nous. Nous concevons que notre réalité peut devenir différente de ce que nous connaissions ; ou notre façon de vivre cette réalité. 

(Image : Conception d’une nouvelle réalité – (c) Cédric Klei / Unsplash)

L’immobilisme, essentiel à tout développement

Le vide intérieur de l’étape de la tristesse devient un espace à créer. Un vide plein de potentiels. Comme une matrice à un nouveau chapitre de notre vie. Un temps de gestation profond en soi. Plus que jamais dans cet espace d’authenticité, notre coeur s’ouvre à la recherche de lien nourricier ; de tout ce qui peut venir nourrir notre âme. Telle la chenille qui rentre dans son cocon, il convient d’apporter du soin et du temps à cette phase ; pour pouvoir advenir papillon. Chaque graine développe d’abord ses racines à l’intérieur de la terre, prend le temps de s’ancrer, avant de se redéployer vers l’extérieur. Savourez cette phase au cœur de vous-même. 

Car cette ouverture du coeur porte aussi le berceau de notre Humanité. Grâce à l’énergie du coeur, nous pouvons reconnaître que l’autre aussi a des émotions. Et surtout accepter que tout le monde ne vive pas la situation de la même façon. Ce qui était impossible et/ou insupportable dans les phases précédentes !

Les vertus du silence

Vertus du Silence
source : page Facebook Fabrice Feraud

Certains peuvent culpabiliser de cette phase à l’apparence parfois léthargique. Et pourtant, toujours telle la chenille dans sa chrysalide, d’importants changements intérieurs sont à l’oeuvre. Comme le bébé ou l’ado en pleine croissance, notre organisme a besoin de dormir, beaucoup. Notre psyché a besoin de silence pour entendre les réponses aux questions profondes qui sont en train de faire surface. Alors comme le bébé, nous nous tournons vers nos besoins essentiels uniquement. C’est cet appel au “retour à l’essentiel” dont beaucoup parlent depuis le début de cet épisode de covid-19. 

Dans le silence intérieur s’ouvrent les portes du coeur, de l’âme. François Cheng, dans son magnifique ouvrage “De l’âme” nomme cela le “désir d’être, encore plus puissant que le “vouloir vivre” instinctif. En lui apportant notre attention, c’est une nouvelle partie de nous qui va s’éveiller petit à petit ; qui cherche à s’incarner. C’est l’essence même de la résilience. Un appel à un changement, à une évolution, à un dépassement de soi dans une épreuve. Comme à chaque grande étape de notre développement, nous allons acquérir un nouveau regard sur le monde, des ressentis nouveaux. Comme l’enfant qui d’un coup se met debout et marche, toute sa perception du monde – et son équilibre – s’en voient bouleversés ! 

La puissance de la sensibilité

Le grand bénéfice de ce temps de calme est également de raviver le plaisir du corps, par notre sensibilité accrue. Nos sens nous permettent une profonde “connexion organique” comme nous l’appelons en Analyse Psycho-Organique. Cette ouverture du coeur est une invitation à faire le plein d’amour de la vie, de l’autre, d’amour pour soi-même (soi m’aime). C’est un ressourcement essentiel, comme une recharge cellulaire ; où l’on remplit son réservoir d’amour. La résilience est intrinsèquement liée à un amour inconditionnel de la vie.

Ce qui se passe en vous à cette étape 

Le Calme après la tempête - (c) Sven Scheuermeier / Unsplash
Le Calme après la tempête – (c) Sven Scheuermeier / Unsplash

C’est avant tout un temps de récupération de l’organisme. Notre corps appelle au calme après la tempête

Notre corps tout entier appelle au calme pour que nos fonctions vitales se rééquilibrent. Après le déferlement du système nerveux sympathique qui nous a mis sous tension depuis l’avènement du choc ; c’est à présent au tour du système nerveux parasympathique de faire son travail. Le souffle se rallonge, devient plus ample, redescend dans le ventre… Le transit aussi se remet en route plus régulièrement. Les nuits sont plus longues et profondes, nous avons besoin de plus dormir. 

C’est ce que nous appelons, en Analyse Psycho-Organique, la micro-régulation, absolument essentielle après de fortes émotions. Autrement dit, c’est un temps de digestion des émotions.

Nous avons aussi vu dans l’article précédent, qu’en acceptant de reconnaître mes émotions,  j’active mon cerveau limbique. En les nommant et en identifiant les besoins qui y sont associés, j’apaise mon cerveau reptilien. Et petit à petit, mes capacités d’observation vont se rallumer dans mon neocortex. Dans le calme, l’agitation des pensées va s’apaiser, les informations vont pouvoir circuler à nouveau. Les connexions entre les 3 parties de mon cerveau vont se rétablir et avec, ma capacité de discernement.

Maintenant en sécurité, je peux savourer et prendre soin de consolider cette sécurité intérieure, essentielle à ma résilience.

Moins agi par le cerveau reptilien, je suis aussi moins dans l’impuissance. Ni dans des réflexes de toute puissance. L’autre peut redevenir un allié et non plus une menace. 

En effet, nous apprenons d’abord des émotions de l’autre pour pouvoir trouver des solutions pour soi. L’autre devient un repère, une inspiration pour faire autrement. Une main tendue, alors qu’on peut se sentir au fond du puits. Pleurer dans les bras d’un autre vient réparer les failles les plus anciennes. C’est dans cette vulnérabilité la plus intime que se révèle l’essentiel, que l’âme agit. 

Comportements & phrases clés 

Temps de récupération

Si les larmes se sont apaisées, je me sens toujours très sensible. Comme un besoin de m’intérioriser. J’ai d’ailleurs moins envie de faire des apéros-vidéos, d’appeler mes proches, ou d’aller sur les réseaux sociaux. En fait, je ressens surtout le besoin d’être au calme, de ne rien faire. Ou encore, je me sens vulnérable, je ressens le besoin de câlins, de massages, de me laisser bercer dans un hamac, de me lover sous un plaid. Comme un bébé.

(image : (c) Cris Saur / Unsplash)

J’ai de plus en plus conscience de mes limites, ce à quoi je veux dire stop qui n’est pas bon, dont je ne veux plus. Par exemple, je regarde moins les informations, anxiogènes. Ce sont aussi les élans de certains, dans cette crise, à vouloir dire non à ce que l’on ressent obsolète de notre système, sociétal ou familial. Cela peut se traduire par exemple par l’envie de lâcher de vieilles rancoeurs avec des membres de sa famille ; qui empêchent un lien dont on a profondément besoin. Je sens l’énergie du pardon se développer en moi.

Gestation d’un renouveau

Petit à petit dans cette phase de gestation, au fond de moi j’entends une petite voix s’élever. 

Qui me souffle de dire « oui à la vie ». Que cette situation peut être une opportunité de changement. Parfois même longtemps attendue inconsciemment. Je commence à changer de regard sur la situation actuelle, ou même sur différentes situations de mon histoire passée. Je conçois que la vie peut être perçue et/ou vécue autrement. Qu’il y a probablement un sens, un cadeau caché dans cette épreuve. 

Cela me semble encore flou, imprécis, et pourtant je ressens qu’il y a comme un défi énigmatique qui m’est lancé. Quelle que soit mon expérience “covid”, qu’elle soit isolement ou suractivité professionnelle ou familiale, je sens que quelque part, j’ai une leçon probable à en tirer. Même si pour le moment c’est juste une vague intuition et que domine l’impression de brouillard. (Image (c) Bud Helisson / Unsplash)

Rêves de renouveau - (c) Dyaa Eldin / Unspslash

Du côté des rêves, cela travaille généralement fort aussi ! D’où le besoin de dormir beaucoup, et une impression de lourdeur au réveil. Nous pouvons observer de nombreux rêves de rénovation, de reconstruction, de chantier. Ou encore de nouveautés. Parfois aussi il y est question de lumière blanche, comme “la lumière au bout du tunnel”. La fabrique à rêves de notre psyché témoigne de cette évolution profonde en soi. (Image : Rêves de renouveau – (c) Dyaa Eldin / Unspslash)

Les pièges bloqueurs de résilience

Le principal risque est de repartir trop vite “comme en 40” ! D’avoir peur de l’ennui ou de se voir sans énergie. Se juger inefficace, flemmard. Pire, de vouloir urgemment “rattraper le temps perdu”. Ce serait passer à côté de la beauté de ces phases Yin très rééquilibrantes pour nos Yang très actifs dans notre société. 

Si j’ose m’ouvrir à l’autre pour traverser ce passage à vide, le piège peut être, comme dans les phases précédentes, de donner trop d’importance à l’autre ; et de ne pas assez croire en soi. D’attendre que ce soit l’autre qui comprenne mes problèmes et me prenne en charge, me sauve du puits ; que ce soit l’autre qui me dise ce dont j’ai besoin. Je peux aussi refaire l’expérience de la frustration ; que l’autre justement est encore décevant, insatisfaisant. Et cela peut venir renforcer que l’autre est menaçant et va bloquer mon passage, venant rajouter de l’huile sur le feu, de la tristesse à la tristesse. 

L’autre peut aussi ne pas être au rendez-vous. Le risque peut être de l’attendre indéfiniment sans lui signifier notre besoin : attente d’un appel qui ne vient pas, attente d’une aide providentielle. C’est retomber à nouveau dans le triangle victime / sauveur / bourreau… Jusqu’à ce que je sente comment je peux prendre ma place dans la relation au service de mon bien-être.

Les questions à se poser pour activer sa résilience

  • Comment puis-je voir autrement ce confinement ? cette suractivité induite ? 
  • Quel est le cadeau caché potentiel de cette situation ? Quels ont été les cadeaux cachés de mes épreuves de vie précédentes ? 
  • De quoi / de qui puis-je avoir éventuellement besoin pour me soutenir dans cette phase ? 
  • Qu’est-ce qui nourrit mon âme ? apporte de la douceur et de l’harmonie à mon coeur ? Quelles sont mes lectures / musiques / oeuvres d’art ressources pour m’émerveiller et m’inspirer ? 
  • Qu’est-ce qui rempli mon réservoir d’amour ? 
Citation Platon

Actions pour développer votre résilience

Dans cette phase de récupération et de gestation, le plus important est de se protéger des stimuli stressants ; de prendre soin de sa bulle de douceur. Cet airbag de sécurité, ce cocon calme, va être la clé pour permettre de prendre du recul pour observer différemment la situation. Et ce sont également les conditions nécessaires pour pouvoir nourrir son énergie vitale. Au fond de chacun existe un espace intérieur à l’abri de toutes les tempêtes, s’y ancrer régulièrement est tout un art de vivre.  

Cocon intérieur - (c) Eugenie Faure / Unsplash
Cocon intérieur – (c) Eugenie Faure / Unsplash

> Je choisis avant tout de me laisser (bien) être

….dans une autre énergie que celle dans laquelle je pouvais me connaître. Si j’étais hyperactif, peut-être que ce temps de pause et de silence va pouvoir me permettre d’entendre des messages importants de mon inconscient. Je vis sans culpabilité de ne rien faire, je savoure la joie simple d’être. Autrement dit : je m’ancre dans la vie, je contemple, je savoure. Je me laisse surprendre par cette phase, et je garde confiance que ce n’est qu’une étape temporaire, passagère. Bien-sûr je peux continuer de répondre au besoin de mouvement minimum de mon organisme. Cela peut aussi se faire tout en douceur : marche, yoga, danse douce, le mouvement n’est pas nécessairement course effrénée. De la mobilité douce en somme 😉

“Si vous ne savez pas quoi faire, ne faites rien, mais faites le bien

Paul Boyesen, fondateur de l’Analyse Psycho-Organique. 
Récupération et réconfort
Se laisser être – bulle de ressourcement – (c) Kate Stone Matheson / Unsplash

> Je prends soin de mon chez moi

Je nourris ensuite ma capacité à prendre soin de moi en prenant soin de mon environnement de vie. Ma matrice. J’apprends à prendre soin de ma maison, de mon lieu de vie. Je continue de trier les objets cassés, inutiles, qui me génèrent une énergie négative. Je range mes pièces de vie pour y voir plus clair en moi. Vous pouvez notamment vous inspirer des principes du Feng Shui. Ou du best-seller “La Magie du rangement” de Marie Kondo. Si vous hésitez à garder un objet, une question toute simple : “l’avoir dans les mains vous procure-t-il de la joie, de l’amour ?”. Non ? vous savez ce qu’il vous reste à faire 😉

> Afin de réguler mon métabolisme à son juste rythme, je me relie à la Nature. Je savoure d’écouter, de sentir, de goûter, d’observer la Nature. Je consacre du temps à prendre soin des animaux, des plantes. Notre Terre-Mère est notre berceau de vie à tous. Observer la créativité du printemps en pleine éclosion va apaiser notre cerveau, et nous sécuriser très en profondeur. En somme, comme l’arbre aux profondes racines qui résiste mieux aux tempêtes.

Recherche de bien-être (ou de bien naître)

Dans le même temps, j’explore et j’accumule ce qui peut être bon et doux pour moi.

Si la Nature et sa force tranquille m’apaise par sa résilience naturelle,  c’est aussi la recherche de beau, de musique, de gaieté, de poésie qui m’anime. Comme par exemple en témoignent les nombreux défis des réseaux sociaux :

  • “tranches de poésie” d’Improbables Librairies,
  • le Getty Museum Challenge (visant à reproduire des tableaux célèbres en photo chez soi),
  • les musiques jouées collectivement en vidéo ou aux balcons,
  • les citations inspirantes,
  • les jeux et énigmes…

Car, profondément, mon enfant intérieur a besoin de se nourrir de positif, de créativité. pour stimuler sa croissance harmonieuse.  

> J’entraîne ma créativité, mon muscle de résilience

Au quotidien je stimule ma capacité à trouver des solutions nouvelles, à voir le monde autrement. Cuisiner, dessiner, chanter, écouter ou jouer de la musique, jardiner, jouer, bricoler, construire des meubles, inventer des formes en pâte à modeler… Cela soulage le cerveau car ce sont les mains et le corps qui s’expriment alors. La pensée s’apaise et cela active le moteur à réalisation de soi-même. Même 5 minutes par jour suffisent au début.

Créer le meilleur de soi - Manon Lavoie

Pour vous inspirer je vous recommande le superbe livre pratique “Créer le meilleur de soi” de la canadienne Manon Lavoie, ou ses ateliers en ligne “M comme Muses”. Ne vous donnez pas d’autre objectif que d’expérimenter et de laisser faire vos mains. Au fur et à mesure vous allez sentir les activités qui vous procurent le plus de bien-être. Et peut-être vous découvrir des talents à développer !

> Pour aller plus loin, j’établis le dialogue avec mon enfant intérieur, l’acteur principal de ma résilience

A chaque émotion de colère, peur, tristesse qui me dépasse encore, je prends le temps de sentir quel âge à mon enfant intérieur à cet instant précis. Je me visualise assis à côté de lui/elle, en face de lui/elle. Éventuellement, je me munis d’une photo de moi enfant pour me connecter plus facilement. Et je lui parle dans mon cœur. Je laisse venir le dialogue intérieur avec mon enfant intérieur et écoute ce qu’il/elle a de si important à me dire. Et de quoi il/elle a besoin. Je me positionne en “bon parent” pour cette part de moi blessée. Je peux visualiser le/la prendre dans mes bras ; et.ou jouer avec lui/elle. Vous pouvez aussi faire cet exercice par écrit ; imaginez que vous écrivez une lettre à votre enfant intérieur, et laissez votre cœur vous guider.

La résilience n’est rien d’autre que cela : faire grandir cette part de vous enfant restée bloquée à un endroit de votre développement. Et pour grandir un enfant n’a besoin véritablement que de 2 choses essentielles : Amour et Sécurité.

NB : La régression vécue dans cette rencontre avec soi-même peut être parfois être très puissante. En effet, l’événement vécu peut parfois réveiller un trauma ancien. Dans ce cas, un soutien psychique et/ou physique est parfois indispensable. C’est l’occasion d’enfin aller cicatriser cette plaie psychique qui était resté si longtemps en souffrance. En bref, encore une fois, développer votre résilience.

Pour approfondir sur ce thème de la résilience, je ne peux que vous recommander de découvrir les écrits, vidéos et interviews de Boris Cyrulnik ; comme celle-ci dans le magazine Psychologies.

N’hésitez pas à me partager en commentaire si vous vous reconnaissez dans cette phase et quelles sont vos solutions à vous 😉

A très bientôt pour la suite des étapes de renaissance, et le retour de la mise en mouvement !

 “Quand je danse, je danse. Quand je dors, je dors”

Montaigne, “De l’expérience “, Essais, III, chapitre XIII, 1588

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